Les professionnels de la santé parlent d’Al-Anon

Dr Amine BENYAMINA
Psychiatre addictologue, Responsable du CERTA*, Hôpital Paul Brousse Villejuif.

« C’est pour moi un véritable honneur et un immense plaisir que de témoigner par ces lignes de la longue collaboration que le CERTA a établi avec l’association AL-ANON. Je dirige un centre de soins, de recherche et d’enseignement à l’hôpital Paul Brousse de Villejuif où l’alcool représente une grande part de notre activité.

Depuis une dizaine d’années, nous avons eu l’occasion de mettre en place des projets de soins associant 3 volets : 
– Un volet biologique avec une investigation tournée vers la recherche des conséquences physiques liées à la prise d’alcool.
– Un volet psychologique et psychiatrique qui consiste à rechercher les facteurs sous-tendant un comportement d’alcoolisation mais aussi ses conséquences cliniques comme la dépression.
– Le dernier volet que j’appellerai « social » est destiné à développer un maximum de liens avec l’extérieur : éducateurs sociaux, employeurs, personnels pédagogiques, administratifs, toutes structures susceptibles d’accueillir un jour un de nos patients. Dans ce volet, la famille est un partenaire crucial que les médecins et l’hôpital ont trop longtemps ignoré.

L’action d’AL-ANON a été pour nous capitale. Cette association nous a sensibilisés sur le vécu de l’entourage, sa souffrance et son ressenti. Nous avons ouvert notre structure à cette association et son action a été rapidement appréciée aussi bien par les patients que par le personnel soignant. Je fais le vœu d’une évolution toujours aussi positive en espérant poursuivre cette collaboration afin que nos patients puissent en bénéficier. »

*Centre d’Enseignement de Recherche et de Traitement en Addictologie.

Micheline CLAUDON
Psychologue-addictologue, Service addictologie, Hôpital Bichat, Paris.

« Nous sommes fréquemment interpellés en tant que spécialistes du soin en addictologie par le manque de structures et de lieux d’accueil réservés aux entourages et notamment aux familles de malades alcooliques. Confrontée à cette difficulté, j’ai été amenée à rencontrer les représentants des aides aux familles et notamment les AL-ANON qui offrent un espace de parole et de partage à tous ceux qui souffrent du « VOIR BOIRE ». Si l’alcoolisme est la maladie de la honte, l’entourage n’échappe pas à cette douleur et sensation et ce d’autant plus qu’il se sent coupable de ne pas avoir su ou pu aider son proche quand il était encore temps. De ce fait, naît une spirale d’incompréhension et de souffrance dont patients et entourage sont les victimes. Acceptons simplement et humblement de ne pas avoir été formés pour l’aide à l’entourage et venons cher cher pour nous-mêmes et donc pour ceux que nous voulons accompagner, l’information, la formation et l’aide auprès de ceux qui ont vécu 10 ans, 15 ans, 20 ans contre l’alcool puis avec l’alcool et qui ont fini par apprendre à survivre puis vivre et enfin revivre avec ou malgré la dépendance de leur proche. »